Syndicat National des Médecins Français
Spécialistes de l'Appareil Digestif

eJOURNAL - REVENUS des HEPATO- GASTROENTEROLOGUES 2017 FAUT- IL S'INQUIETER ? QUEL SERA L'AVENIR ? TOUT EST-IL COMPARABLE ?

jeudi 23 mai 2019 eJOURNAL

Comme chaque année, la CARMF (Caisse de Retraite des Médecins de France) a publié les Bénéfices Non-Commerciaux (BNC 2035) des Médecins libéraux (ou, plus exactement "à exercice libéral") ; ces chiffres ont été relayés et publiés par la Presse professionnelle (Quotidien du Médecin etc.)

 A priori, une première lecture n'engendre pas de surprise : spécialité du "ventre mou" de la moyenne des revenus des médecins libéraux, nous restons dans nos "profils" ; les BNC moyens d'un spécialiste sont de 111 161 euros en Secteur 1 et de 121 273 euros en Secteur 2. Pour l'ensemble des Médecins "libéraux", le chiffre des Secteurs 1 est de 69069 euros en S1 et de 77 243 euros en S2 ; la fourchette s'étale de 49 000 à 283 720 euros entre les différentes spécialités techniques ou non- techniques, avec des contraintes d'équipements et de gestion et d'implications au sein de structures de Soins qui ne sont en rien comparables. Que dire de l'exercice "privé" de nos collègues hospitaliers qui ont à leur disposition la structure, les équipements et le personnel de gestion (mais toute médaille a son "revers" !).

Pour les HGE "à exercice libéral", les chiffres sont de 111 973 euros pour les S1 et de 123 701 euros pour les S2, avec sans doute des disparités géographiques ou liées à d'autres facteurs dont nous n'avons pas toutes les circonstances et particularités d'analyse .Nous sommes des Spécialistes "moyens" à revenus dans la moyenne pour l'essentiel d'entre nous avec toujours une majorité d'entre nous en exercice de Secteur 1 ( 1046 /1718 ) et des collègues de Secteur 2 qui n'appliquent pas la majoration de plus de 20% de leurs honoraires qui devrait leur permettre de compenser la perte des avantages "conventionnels".

Des préliminaires sont à prendre en compte avant toute interprétation des chiffres publiés (et ce d'autant plus que notre Spécialité semble la plus durement impactée) avec une réduction potentielle de près de 3% de nos BNC sur l'exercice 2017.

Certes, nous savons tous que la rémunération de certains de nos actes techniques est bloquée depuis bien des années et que les instances de nos tutelles se refusent à prendre en compte les exigences de Qualité de réalisation et de "temps passé" et d'empathie où notre Spécialité et ses Sociétés Savantes se sont toujours situées.

Certes nous avons conscience d'être mal rémunérés et sous-estimés dans des stratégies où la Prévention de certaines affections (dont le Cancer colorectal) mériterait des vrais moyens qui permettraient de voir infléchir des taux d'incidence de pathologies qui doivent s'atténuer et disparaitre. Sait-on aujourd'hui quel est le cout de ces prises en charge trop tardives tant au niveau des couts de soins que sur les incidences et déficits professionnels et sociaux ? Mais, à la lumière des données démographiques (que nous avons évoquées au Symposium des JFHOD et sur lesquelles nous referons la Synthèse dans un prochain e -journal) et en regardant les profils des autres spécialités, il apparait surtout qu'au fil des ans, avec 20 ans de "recul", rien n'est comparable !

Il y a les conséquences de l'OPTAM et son application a conduit à réduire les rémunérations pour "garantir" des avantages conventionnels …

Il y a eu le "piège" des ROSP, qui nous ont conduit à "virtualiser" -pour la majorité d'entre nous– nos pratiques, avec des contrôles cryptiques qui nous échappent mais sans compensation, et ces ROSP chutent d'année en année !

Il y a surtout depuis 20 ans la très nette modification de la cohorte des HGE "à exercice libéral" (la CARMF comptabilise et les "libéraux" exclusifs et les "temps partiels" : les premiers se raréfient ; les seconds ne sont plus les mêmes : féminisation oblige en particulier !).

Trois éléments nous caractérisent (Ce sera l'objet d'un autre e-journal) :

Nous sommes une spécialité dont plus de 20% des praticiens ont dépassé 65 ans et se situent en situation de "cumul" pour beaucoup ; le "Choc démographique" des Libéraux n'est pas pour demain mais pour 2024 !

En cumul ; travaillerons-nous autant ?

La féminisation est intervenue tard, mais elle est indéniable et elle s'accompagne de modalités d'exercice souvent influencées (jusqu'aux divorces de la quarantaine et au-delà) par les exigences de gestion d'éducation et de vie familiale ; cela a souvent un impact (comme pour toute spécialité) sur le niveau d'un revenu qui est souvent le second du "foyer fiscal".

L'accroissement du nombre de la cohorte des HGE se fait surtout au profit des exercices salariés (plus 600 HGE supplémentaires de 2000 à 2017 mais au bénéfice exclusif des activités mixtes ou salariées (la Statistique de la CARMF ne retrouve plus que 1046 HGE à exercice libéral exclusif !!

Que dire des autres chiffres donnés par le service statistiques de la CARMF ?

Il y a autant de surprises que d'hétérogénéités des modes d'exercice actuels au sein des spécialités (et certains revenus de certaines spécialités échappent aux régimes des BNC !). En regardant le tableau publié, on se dit que cela ne correspond pas à l'idée des vraies activités de nos collègues des autres spécialités dans les Etablissements où nous exerçons (cf. biologistes, radiologues, gynéco-obstétriciens etc.)

Mais, l'essentiel est de dire que "nous n'avons pas la rémunération à hauteur des défis de Santé que nous devons assumer".

Mais la Crainte est de voir que "démographiquement" notre spécialité sera "sinistrée", exsangue de ses libéraux à l'échéance 2024 !

Il faut séduire et démontrer que nos Etablissements et nos modes d'exercice ont plus que des attraits et de vraies potentialités où la qualité de l'exercice médical est et sera indéniable, incomparable et dans les vraies valeurs de toute la profession.


Jean-Luc FRIGUET
H
GE CHP St GREGOIRE

Administrateur de la CARMF ( Région Bretagne )
Membre du CA du SYNMAD
Conseiller Ordinal 35