Syndicat National des Médecins Français
Spécialistes de l'Appareil Digestif

eJOURNAL - SYSTÈME DE SANTÉ : QUEL SCÉNARIO POUR ÉVITER LA CATASTROPHE ?

lundi 04 juin 2018 eJOURNAL

C'est dans cet état d'esprit que s'est inscrit le think tank "stratégie innovations santé" en auditant 45 personnalités et experts reconnus du monde de la santé. C'est dans cet état d'esprit également que le Haut Conseil pour l'Avenir de l'Assurance Maladie (HCAAM) travaille actuellement.

L'ensemble des experts du monde de la santé s'interrogent sur la capacité qu'auront les états nations à continuer à financer les systèmes de santé et l'augmentation des besoins liés d'une part à la hausse de l'espérance de vie et au poids des maladies chroniques et d'autre part à la révolution scientifique et technologique que nous visons au quotidien. Les hépato-gastroentérologues, régulièrement confrontés à ces pathologies chroniques, savent mieux que quiconque que les thérapies ciblées nous permettent d'accéder à des molécules qui guérissent mais dont le coût est particulièrement élevé.

En 1960, les dépenses de santé représentaient 4% du PIB. Aujourd'hui, nous sommes à 12% et les dépenses de soins ont progressé de 3.1% en 2017. Outre Atlantique, 18% du PIB est consacré à la santé. Trois scénarios sont actuellement repris pour trouver une solution face à la catastrophe annoncée. Le scénario n°1 est celui que nous visons depuis plusieurs années. Il s'agit d'un changement sans rupture qui nous a amené à une certaine prise de conscience mais qui, au fond, n'a pas réellement fait bouger les lignes de notre système très hospitalo centré. Le scénario n°2 est une transformation progressive vers un autre système qui verra, entre autre, les principales mutuelles se positionner comme des opérateurs de soins. Le 3ème scénario est basé sur une politique volontariste de rupture avec notre modèle historique. Il est basé sur un principe d'accessibilité, de qualité et de sécurité, un principe de gradation et de juste orientation afin de délivrer à chacun, au bon moment, le juste soin et la juste réponse à son besoin et à un principe de continuité des soins et des prises en charge. Ce 3ème scénario se base à la fois sur une révolution technologique et sur les stratégies des acteurs que sont les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) et la BATX (Baidu, Alibaba, Tencent, Xiaomi). Cela pourrait nous inquiéter tant la transformation de notre système de santé est grande et s'uberise progressivement. La réflexion est loin d'être aboutie mais quoi qu'il en soit, le bon scénario sera celui qui évitera la catastrophe et nous permettra de garder la maîtrise de notre système de santé. Ce système dans lequel nous gardons les valeurs de solidarité et d'égalité portées après 1945 et dans lequel nous serons en capacité d'intégrer les innovations au service de toute la population. Le temps presse et nous devons être au rendez-vous de 2030.

Notre système de santé doit évoluer et ne le fait certainement pas assez vite pour répondre aux enjeux de demain. Jusqu'ici notre culture nous a poussé à opposer public et privé. Le statut actuel des hôpitaux ne se prête certainement pas à la dynamique du système mais faut-il pour autant le leur reprocher? Il nous faut à la fois trouver les moyens de financer la transition de notre système pour empêcher une crise majeure à l'hôpital et assurer le financement de cette transformation. Penser y arriver sans le développement d'une alliance public/privé qui fait la richesse du système de santé français est certainement illusoire. La très récente circulaire du 13 avril 2018 relative au cadre d'expérimentation pour les innovations organisationnelles prévues par l'article 51 de la LFSS 2018 ne doit pas nous laisser indifférents. Nous, gastroentérologues prenant en charge des patients souffrant de maladies chroniques, devons être source de propositions. Nous avons les outils comme « maMICI » développée par le Dr Guillaume BONNAUD. Sa mise en œuvre nécessite des moyens qui s'intègrent dans le cadre des innovations organisationnelles financées par cet article 51. A nous de nous prendre en main et, avec le CREGG, le CNP HGE, nos différentes scientifiques et le SYNMAD, de mettre en œuvre dans la vie réelle ces nouveaux modes d'organisation.

 

Docteur Franck DEVULDER
Juin 2018